Il y a ceux qui offrent le choix: un carburant amélioré pour quelques centimes de plus. Et il y a ceux qui se contentent d’améliorer leur formule et de le faire savoir loin à la ronde. Telle est l’option prise par Eni Suisse, la nouvelle raison sociale d’Agip, qui a annoncé jeudi au Salon de l’auto de Genève le lancement dans ses stations de son nouveau DieselTech, obtenu au terme d’une année de recherche dans ses laboratoires.
Selon ses promoteurs, ce DieselTech permet aux automobilistes une économie de carburant de l’ordre de 2,5% ainsi que des performances améliorées. En particulier, mais pas seulement, dans les moteurs diesel de la dernière génération, ceux qui s’appuient sur la technologie common rail.
Ces bons résultats, vérifiés par des testeurs indépendants, sont essentiellement dus à l’ajout dans le carburant de produits de «nettoyage» visant à libérer les injecteurs des dépôts qui s’y forment lors de la combustion du diesel. Ils gardent ainsi, ou retrouvent, leur efficacité du premier jour. En prime, le nouveau carburant d’Eni contient un produit «antimousse» facilitant le travail à la pompe. «Un diesel normal est comme une bière: il faut beaucoup de temps pour que la mousse retombe. Nous fournissons plutôt du champagne…» se plaît à comparer Jean-Sébastien Génot, responsable des ventes pour Eni Suisse.
En offrant ce nouveau carburant, Eni rejoint BP et Shell, qui proposent toutes deux depuis quelques années, sous les noms «Ultimate» et «V-Power», leurs propres carburants améliorés. A la différence près que chez Eni, il ne s’agit pas d’un nouveau produit à choix: le DieselTech remplacera purement et simplement à la pompe le diesel servi jusqu’ici. Sans augmentation de prix, promet la marque italienne. «Nous ne voulons pas soustraire plus d’argent à nos clients, nous voulons attirer davantage de clients», explique Riccardo Piunti, président et administrateur-délégué.
Améliorer la qualité
Une stratégie différente, donc, mais qui poursuit un même but: celui d’améliorer, tant que faire se peut, la qualité du carburant destiné aux moteurs à combustion. Et, par là même, de hisser vers le haut le triste rendement de ces derniers (on admet en général que 18 à 22% de l’énergie fournie par le carburant servent effectivement à faire avancer les véhicules) tout en prolongeant leur durée de vie.
Avec succès? Dans le milieu des professionnels de l’automobile, on tend plutôt à réserver son jugement. «Nous n’avons pas assez de recul pour savoir si ces produits ont un réel impact à long terme sur la santé des moteurs», estime Michel Bühler, de chez Bühler et Favre, à Lonay. Qui précise toutefois que les moteurs les plus récents, «dont les réglages sont effectués au micron», pourraient effectivement être plus sensibles à des diesels de moins bonne qualité. «Mais tout carburant vendu en Suisse est soumis à des normes très strictes et suffisantes», tranche Andreas Burgener, directeur d’Auto-Suisse, l’association des importateurs.
Présents sur le marché suisse depuis cinq et trois ans, Shell et BP ne donnent pas les chiffres de leurs ventes au prix fort de ces produits «premium». «Cela évolue selon nos objectifs», se limite à déclarer BP. Dont le service de presse souligne que les acheteurs de ces carburants sont «ceux qui privilégient la réputation d’une marque et non le prix du produit, et ceux qui ont des véhicules haut de gamme et tiennent à leur fournir le carburant qui va avec».
Alors que l’électricité et autres carburants alternatifs tiennent la vedette, notamment au Salon, les motorisations traditionnelles restent maîtresses des routes. Malgré leur avance, les compagnies pétrolières ne peuvent se contenter de regarder passer le train de l’émotion verte et foncent sur la recherche et le développement, même dans leur cœur de métier.
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