Cuénez est un patronyme très rare, porté par une vingtaine de familles devenues au XIXe siècle bourgeoises de Monnaz ou de Pizy, deux petites communes vaudoises de la Côte. Ce nom est totalement inconnu en France, où on ne trouve que des Quenez du côté de Lille. Mais dans les dialectes de là-bas c’est le chêne qui se nommait quêne et il ne saurait expliquer un nom romand.
Rare autour du Léman, la terminaison en –EZ est en revanche fréquente dans l’Arc jurassien et en Franche-Comté. Cuénez doit être une des nombreuses variantes graphiques du patronyme jurassien Cuenat. Au XIVe siècle ce dernier apparaissait sous toutes sortes de variantes telles que Cuenet, Cuenaz, Cuenez, Cuenas ou même Cuenait. On trouve encore quelques Cuenet dans les cantons de Vaud et de Genève. Et des Cuénin dans le canton du Jura, ainsi que des Cuenot en Franche Comté.
Autant la terminaison de Cuénez est rare, autant la racine est fréquente. Elle apparaît sur les bords du Léman dans les patronymes Cuénod, Cuénoud, Conod ou Conne. Tous dérivent d’un prénom Cuono ou Cueno, un de ces noms germaniques qui au moyen âge étaient très prisés des francophones. Kuon était la forme médiévale de l’adjectif actuel kühn (audacieux). C’était aussi le raccourci d’un nom de baptême très populaire à l’époque: Kuon-rat (aujourd’hui Konrad) qui associait les deux notions de courage et de bon conseil (Rat). Un nom porté vers l’An mil par un roi de Bourgogne, dont nos régions faisaient partie.
Ce nom est à l’origine de nombreux patronymes alémaniques tels que Kuhn, Kühn, Kunz, Künzli, Kuoni. Et aussi des Cueni ou Cuoni du Laufonnais, qui sont les voisins immédiats des Jurassiens.
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