Sur une couverture souple et blanche, découpée dans le «s», le «e» et le «x» du titre, la pastille «réservé aux adultes» fouette l’imagination. L’éditeur a bien fait son boulot pour Happy Sex , le dernier livre de Zep, tiré à 120?000?exemplaires. Dès la première planche, les attributs de la sexualité sont au rendez-vous. Alors, bouquin de cul?
«C’est un livre sur la sexualité, pas un bouquin de cul excitant, précise Zep (42?ans). La volonté est de se marrer, de rire à propos de la sexualité. Ce qui est libérateur, car le sujet est encore tabou, souvent considéré comme malsain. Dessiner du sexe n’est pas facile, cela devient vite un truc pour les vieux cochons. Ce qui est une aberration, car le sujet est commun à tous les adultes. Tout le monde pratique, mais faudrait surtout pas en parler, ne pas le montrer. Sur cet aspect, les mecs se montrent pires que les femmes, qui en discutent plus volontiers. Dès le moment où j’en fais une bande dessinée, je dessine des corps sans slips et devant les rideaux. Ce qui m’intéresse c’est la différence d’attente entre hommes et femmes. L’incompréhension qui existe entre les deux sexes.»
A parcourir les pages, le lecteur se rend vite compte que Zep croque davantage de queues turgescentes que de vagins. «Une bite c’est plus marrant à dessiner, plus transgressif aussi. La nudité de la femme, on la voit tellement. Au cinéma, son corps ne choque plus, mais montrer un homme au sexe qui pend se relever de l’amour, c’est plus délicat. Et s’il ne pend pas, ça devient impossible.»
Zep se cantonne au monde hétérosexuel. Le seul qui le concerne. Le panorama de ses phantasmes entre «fatalement» dans le choix des gags. Il y a aussi les confidences et les histoires entendues. «Pour certains épisodes, je n’ai peut-être vécu que la première case. Après j’imagine. Place au travail de menteur de celui qui raconte des histoires. Le plus dur reste de mentir le plus vrai possible. Ce n’est pas un journal intime!»
Et comme la capote n’est pas très «esthétisante», elle se promène peu à travers les 53?saynètes proposées. L’auteur, il est vrai, met beaucoup le couple en avant et, pour le reste, estime que les gens sont assez grands pour connaître les refrains de la prévention. Il se rattrape dans le cul-de-lampe final, où il se dessine avec un préservatif à l’effigie de Titeuf.
S’est-il fixé des limites? «Je ne le fais jamais. J’écris d’abord et trie ensuite en fonction de la qualité. Je reste dans la sexualité du quotidien. Je ne voulais pas partir dans des déviances ultraparticulières. Le SM, le triolisme reste au niveau du jeu. Il faut que les histoires me parlent. Quelque chose de trop abracadabrant ne va pas toucher les gens.» Non, l’auteur n’estime pas en avoir trop fait. Et s’il a choisi Delcourt, cette fois-ci, c’est qu’il travaille volontiers avec différents éditeurs. «J’aime les voir à l’œuvre. C’est un vrai métier.»