DÉCRYPTAGE

Sherlock Holmes change de look

Par BERNARD CHAPPUIS le 03.02.2010 à 00:01

Le Sherlock Holmes de l’Anglais Guy Ritchie fracasse les stéréotypes tout en revenant parfois au texte original de Conan Doyle.

Si la mise en scène frénétique de Guy Ritchie ne sert pas son Sherlock Holmes, on peut applaudir au rajeunissement du roi des détectives. Sous les traits de l’excellent Robert Downey Jr, l’enquêteur développe une séduction irrésistible, loin des stéréotypes associés à la créature d’Arthur Conan Doyle. Littéralement vampirisé par Sherlock Holmes, l’écrivain écossais décida de précipiter son encombrant héros dans les chutes de Reichenbach, le 4 mai 1891 (Le dernier problème, 1893, à lire dans le recueil Les Mémoires de Sherlock Holmes).

Doyle ne se doutait pas alors qu’il devrait le «ressusciter» sous la pression de sa mère et des lecteurs (La maison vide, 1903, recueil Le retour de Sherlock Holmes). Il ne pouvait surtout imaginer qu’au XXIe siècle, le roi des détectives poursuivrait ses enquêtes au théâtre, à la télévision, au cinéma, dans de nombreux?–?et parfois remarquables?– romans apocryphes.

De profil, la silhouette de Holmes est reconnaissable entre toutes. Prenant son propre frère pour modèle, le dessinateur Sidney E. Paget l’affubla d’une casquette en tweed à double visière (deerstalker) dans le Strand Magazine, tandis que l’acteur de théâtre William Gillette imposa, en 1901, la fameuse pipe calabash (en forme de crochet). De quoi installer durablement un personnage. Et ce malgré des acteurs qui allaient le gratifier de multiples visages sur grand et petit écran: Basil Rathbone, Nicol Williamson, Christopher Plummer, Christopher Lee, Peter Cushing, Ian Richardson, Buster Keaton, John Cleese, Michael Caine, Jeremy Brett, Charlton Heston, Patrick Macnee, Roger Moore, pour ne citer que les plus connus. Cassant les stéréotypes vestimentaires, de taille plutôt moyenne, Robert Downey Jr propose une allure plus décontractée dans ce «Sherlock 2010». A la fois éloigné et proche du héros de Conan Doyle. Une bonne occasion de revenir au texte d’origine.

Dans Une étude en rouge (1887), John Watson décrit d’emblée celui qui allait devenir son ami (Ed. NéO, 1984): «Il mesurait un peu plus de 1?m?80, mais il était si excessivement mince qu’il paraissait beaucoup plus grand. Ses yeux étaient vifs et perçants (…). Son nez aquilin et fin donnait à sa physionomie un air attentif et décidé. La forme carrée et proéminente de son menton indiquait aussi l’homme volontaire.» Pas vraiment le portrait-robot de Robert Downey Jr…

Athlète et scientifique
En revanche, l’acteur new-yorkais est voisin du personnage de papier sur plusieurs points essentiels. Grâce à Watson, on sait que Holmes possède des connaissances en chimie et en botanique, qu’il joue très bien du violon, qu’il est adroit à la canne, à la boxe, à l’escrime, qu’il s’adonne au baritsu (art martial japonais). «Peu d’hommes, à ma connaissance, étaient capables d’un plus grand effort musculaire et, sans contestation possible, il comptait parmi les meilleurs boxeurs à son poids» (La figure jaune, 1883, recueil Les Mémoires de Sherlock Holmes,). C’est ce Holmes athlétique, scientifique surdoué, maître dans l’art du déguisement et de la métamorphose que Guy Ritchie survitamine dans son film.

Même la présence d’un chien, souffre-douleur du détective, dans le salon du 221B Baker Street n’a rien d’incongru. Lors de leur première rencontre ( Une étude en rouge ), Watson n’avoue-t-il pas à Holmes qu’il possède «un petit bouledogue»? On ne peut reprocher au cinéaste et à ses scénaristes de n’avoir pas relu Conan Doyle.


ELÉMENTAIRE

Comme chez Arthur Conan Doyle, Robert Downey Jr. ne prononce pas le célèbre «Elémentaire, mon cher Watson». La phrase a été déclamée en 1929 par l’acteur Clive Brook dans Le retour de Sherlock Holmes et popularisée dans L’Aventure de la veuve rouge, de John Dickson Carr et d’Adrian Doyle, le fils d’Arthur, dans le recueil Les exploits de Sherlock Holmes, en 1954.

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