Littérature

Un rêve et New York inspirent un polar virtuose à Serfaty

Par le 11.05.2011 à 20:11

Médecin de profession, le romancier français est sur un nuage. Demain est une autre vie sort en librairie et sa saga Oscar Pill a été achetée par la Warner

Médecin – écrivain: une rime riche sur la carte de visite de Thierry Serfaty. Après
Agônia
(2008), le Strasbourgeois avait laissé la place à son double, Eli Anderson, auteur de la magistrale saga pour adolescents
Oscar Pill
. Mais, dans l’attente de la sortie, en novembre, du quatrième tome, Serfaty a repris du service. Mieux, avec
Demain est une autre vie
, il renoue avec l’esprit de son premier roman, le cultissime
Sang des sirènes
(Prix Polar 2000).

New York, 110e Rue. Sous une pluie torrentielle, le docteur Jamie Byrne brûle un feu rouge, provoque un accident. «Le poteau dévaste tout et quand ma voiture va s’immobiliser, il aura déjà défoncé ma cage thoracique et mon crâne, je ne serai qu’un type de 38?ans, heureux dans son travail, désenchanté en amour – et en lambeaux.» Or, Jamie Byrne va se réveiller… Un suspense virtuose doublé d’une fantastique histoire d’amour.

Demain est une autre vie fonctionne sur plusieurs coups de théâtre. Quel a été le déclic du roman?

L’idée m’est venue d’un événement marquant que j’ai vécu. J’ai rencontré un homme qui a rêvé d’une vie formidable et n’a pas supporté, à son réveil, de devoir reprendre le fil de sa «vraie» vie, moins brillante. Il a littéralement plongé dans une dépression terrible! J’ai voulu venger ce type, et imaginé l’histoire d’un homme, Jamie Byrne, qui vit une situation inverse. Il s’éveille en sursaut d’un terrible cauchemar, et constate, soulagé, qu’il peut reprendre le cours de son existence parfaite. A un détail près, la femme divine et les enfants merveilleux qui l’entourent, il ne les a jamais vus de sa vie. Puis, progressivement, son cauchemar va envahir la réalité dorée.

Pourquoi le faux-semblant est-il devenu votre marque de fabrique depuis Le sang des sirènes

C’est presque une obsession chez moi: le faux-semblant me fascine comme tous les trompe-l’œil, les Mr. Hyde à l’ombre des Dr. Jekyll. Et il me terrifie en même temps.

Jamie Byrne pratique votre première profession, médecin. Les différents toubibs que vous mettez en scène dans vos romans possèdent-ils un point commun?

Oui, ils ont deux visages. Ils sont bien sûr des scientifiques cartésiens, protégés par une blouse (faussement) rassurante, mais ce sont avant tout des êtres humains. On l’oublie toujours: les médecins sont des êtres de chair et d’amour qui rêvent, comme chacun d’entre nous, d’une vie meilleure, qui s’y accrochent et voudraient croire à l’impossible…

Byrne emprunte-t-il à votre personnalité?

Je n’ai jamais su si mes personnages me ressemblaient. Je ne m’inspire en tout cas jamais sciemment de ce que je suis – ce serait d’ailleurs bien prétentieux. Mais j’avoue que, pour la première fois, je me suis mis dans la peau de Jamie Byrne. Au-delà de la profession, deux points essentiels nous réunissent: le mystère, dans l’existence, ne nous effraie pas, et puis, nous sommes dévoués tout entiers à ceux qu’on aime. Qu’on ne s’avise pas de toucher aux miens…

Pourquoi cette passion du sommeil, déjà traitée dans La nuit interdite

J’ai toujours été convaincu, en amateur de faux-semblants, que ce qui apparaissait comme une mise au repos n’en était rien. Durant le sommeil, le rêve et les états qui lui sont proches, il se passe infiniment plus de choses qu’en état de veille. Or, nous passons un tiers de notre vie à dormir. Vous rendez-vous compte de la richesse probable de cette vie parallèle qui nous échappe?

Demain est une autre vie

Thierry Serfaty

Ed. Albin Michel, 373 p.
www.thierry-serfaty.com

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