De l’eau pour les éléphants épate au moins lors d’une séquence. Marlena, écuyère sexy avec ses mèches platine et ses justaucorps pailletés, cavale sur le dos d’une éléphante en colère. Manque de se prendre une poutre en sortant de l’arène poussiéreuse du cirque. S’accroche par miracle au portail, effectue un salto et salue le public envoûté. Le drame en puissance a viré au tour de magie pachydermique.
Réalisant toutes les cascades, Reese Witherspoon interprète ce personnage avec une énergie éblouissante. La comédienne l’avoue volontiers: ces deux dernières années, elle figurait plus souvent dans la rubrique mondaine pour cause de séparations à répétition. Avec un bon sens à l’ancienne hérité d’une éducation sudiste, cette fille d’un chirurgien militaire et d’une infirmière remet sa vie et sa carrière sur les rails.
Car Reese Witherspoon a tout de la bosseuse née. Son premier Oscar, elle l’a décroché il y a cinq ans en incarnant June Carter, la muse de Johnny Cash, dans Walk the Line. Elle avait fait ses gammes et chantait pour de vrai... Auparavant, l’enfant prodige avait grandi dans le circuit des pom-pom girls et de la pub, des films indépendants, grignotant du terrain par son professionnalisme tout autant que par son ingénuité. Une anecdote? Le chauffeur de taxi qui l’amène à l’audition de Cape Fear lui explique que Martin Scorsese et Robert De Niro posent en légendes vivantes. Désarçonnée car elle ignore tout de Taxi Driver et Cie, elle loupe complètement sa performance. Tant pis. De toute façon, une bonne étoile la protège. Elle refuse Scream pour se lancer dans la franchise inédite de La revanche d’une blonde et La blonde contre-attaque.
Ses salaires se chiffrent désormais à plus d’une dizaine de millions de dollars. Mais la «petite» qui, en 1991, dans un palace de Deauville, vous lançait, bravache du haut de ses 16?ans, qu’elle entendait «durer» dans ce métier, tout en lâchant avec une œillade mutine qu’elle espérait extorquer l’achat d’une voiture à son père avec sa première grosse paie, gère son permis de conduire à Hollywood.
Premier rôle de vamp
De l’eau pour les éléphants, un best-seller que Sara Gruen a écrit en un mois, inspirée par un album de photos sur un cirque tournant durant la Grande Dépression américaine, l’expose en pleine offensive glamour. Comme au temps suave de Carole Lombard et de Jean Harlow, Reese Witherspoon joue pour la première fois le jeu de la vamp. «Durant toute ma carrière, lançait-elle lors de la présentation à la presse américaine, je me suis efforcée de ne pas finir en bikini dans un film. Et me voici dans De l’eau pour les éléphants… J’étais horrifiée. Puis séduite par les costumes. Les femmes de l’époque avaient des courbes voluptueuses et, au final, c’est très flatteur.» Toujours très pro, elle rassurait les journalistes anxieux de savoir quel effet pouvait produire un baiser avec son partenaire, le vampirisant Robert Pattinson. «Ben, à Hollywood, pour embrasser un gars plus grand que vous, vous montez sur un tabouret.» Avec modestie, cette passionnée du règne animal, qui élève une véritable ménagerie dans son ranch californien, relativisait la difficulté de sa performance. L’éléphant, plus de 4?tonnes pour ce poids plume, était entièrement géré par son dresseur. Seul un cheval a posé problème en lui marchant par accident sur la jambe. Quant aux zèbres, absolument incontrôlables, elle s’en protégeait en se cachant derrière son partenaire, Chris Waltz. Reese Witherspoon n’est pas du genre diva capricieuse.
Pour suivre, McG l’a mise en scène dans This Means War, annoncé comme de l’espionnage sexy, façon M. and Mrs Smith. Elle rêve encore d’incarner Peggy Lee, une icône de la musique country. Quand Reese Witherspoon rêve, c’est la tête dans les étoiles et les pieds sur terre. Voir sa réplique face au reporter de Vogue qui s’inquiétait de la pénibilité du métier de superstar: «Je viens de passer six mois avec un éléphant. Tous les jours. Vous rigolez? Et en tutu avec plein de strass. Je veux dire, mais comprenez! C’est le fantasme de n’importe quelle petite fille!»