BANDE DESSINÉE

Pythagore revit! Eurêka!

Par FLORENCE MILLIOUD HENRIQUES le 11.01.2010 à 00:01

Quarante ans après leur première publication, les aventures du hibou savant et de ses amis écolos, créés par les auteurs de Yakari, font l’objet d’une intégrale inédite.

Un premier diffuseur proposait d’acheter dix albums. Une sorte de test! Audacieux, le deuxième – directeur de Migros Vaud – a tourné la question à l’envers: «Quel est le tirage? 24?500? O.K. je les prends.» Sortie de presse le 25 octobre 1969, Pythagore contre Brazerro , première bande dessinée entièrement made in Switzerland après les histoires en estampes de Rodolphe Töpffer (1827) et les aventures de Globi (1932), allait-elle séduire?

En privant ses enfants de BD, exception faite de Tintin, Job, le scénariste, soupçonnait que la partie n’était pas gagnée. En voyant ses planches envoyées au quotidien La Tribune revenir avec la mention «qu’est-ce que c’est?», Derib, le dessinateur, savait que la Suisse n’était pas la Belgique de Peyo, Franquin et Jijé.

Pourtant, la magie opère. Et en à peine quelques semaines, le stock est épuisé. Joyeusement mutines, les péripéties de Ketty, Matthieu et Octane – trio de petits futés flanqué d’un grand-duc aussi enrhumé qu’alcoolisé – trouvent leur public. A l’enseigne de Pythagore contre Brazerro, ils cartonnent dans les supermarchés… Entre les salades et les fromages. «Vrai de vrai», en rit encore Derib: «Il arrivait qu’on dédicace plus de cent volumes en deux heures. A l’inverse, plantés tels des intrus au rayon porcelaine ou primeurs, on se faisait bousculer par les clients interpellés par la présence de ces deux chevelus!»

Une collaboration durable
Quarante ans plus tard, ni Derib ni Job n’ont coupé leur tignasse. Autre signe de résistance: le duo collabore toujours et prépare le 36e album de Yakari. La complicité des deux compères, séparés par près de 500?kilomètres – le premier vit à La Tour-de-Peilz, le second à Nîmes – ne se noue plus autour du «bocal de griottes au kirsch des débuts», mais par téléphone. «Ça peut paraître curieux, mais ça fonctionne. Jamais je n’envoie un scénario totalement terminé. On avance ensemble», confie Job. Celui par qui tout a commencé…

Rédacteur en chef de l’hebdomadaire Le crapaud à lunettes, il s’était mis en quête d’un bédéiste pour l’illustrer. Le hasard lui a fait rencontrer Derib. «On partage la même philosophie: le plaisir de la création est supérieur aux difficultés de la fabrication.» La preuve? Sans se concerter, le duo se remémore dans les mêmes termes le premier test de Pythagore, avec les enfants de Job dans le rôle des examinateurs. «Ils ont parcouru les planches à la vitesse de l’éclair avant de trancher: «Il n’y a que ça!» Job était très vexé», se souvient Derib. Il lui a alors expliqué: «Tant de semaines de travail et si vite lu, c’est parce que c’est bon.»

Aujourd’hui, Job s’amuse de relire un Pythagore «délicieusement désuet» et se félicite d’y voir «un avertissement écolo avant l’heure, un souci de la terre à préserver, notamment dans le dernier album, Opération rhino ». Pour la suite? «La vie décidera.» Derib, le benjamin, avoue ne pas avoir envie d’en parler.

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