Le jury a également distingué l'Iranien Bahman Ghobadi, la Française Mia Hansen-Love et le Roumain Corneliu Porumboiu.
«Kynodontas» (Dogtooth) est un dérangeant huis clos dans lequel un couple fait grandir ses trois enfants totalement coupés du monde extérieur, dans une villa entourée de hauts murs d'une banlieue non identifiée d'une ville grecque.
Ecrit et réalisé par Yorgos Lanthimos, né à Athènes en 1973, le film montre le fonctionnement d'une dictature à l'échelle de la cellule familiale où manipulation mentale, menace permanente, perversion du langage et mensonge (les enfants seront en âge de partir lorsque leurs canines tomberont, leur dit-on) sont quotidiens.
«Je suis très heureux pour toute l'équipe du film. C'est aussi un merveilleux encouragement qui me touche et qui honore tout le cinéma grec», a confié Yorgos Lanthimos.
Ex aequo
Le jury présidé par le metteur en scène italien Paolo Sorrentino a également attribué un Prix spécial Un Certain Regard à deux longs métrages ex aequo, parmi les 20 de la sélection.
Il a ainsi récompensé le film d'ouverture, «Les chats persans» de l'Iranien Bahman Ghobadi. Ce long métrage aux allures de documentaire suit de jeunes musiciens de Téhéran dans leurs concerts et répétitions clandestines. Il dresse un portrait poignant d'une jeunesse en quête de liberté.
L'autre film primé, «Le père de mes enfants», deuxième long métrage de Mia Hansen-Love, brosse le portrait d'un producteur indépendant inspiré d'Humbert Balsan, disparu tragiquement en 2005.
Confirmant la bonne santé du cinéma roumain, «Policier, adjectif» de Corneliu Porumboiu, à propos des dilemmes d'un policier chargé de filer un jeune consommateur de drogue, a obtenu le Prix du jury.
Un anti-prix pour Lars von Trier
Le jury oecuménique a lui décerné son prix au film «Looking for Eric» du Britannique Ken Loach, «pour sa grande qualité artistique et son approche humoristique, optimiste et humaniste de la société contemporaine en pleine crise».
Les jurés ont par ailleurs accordé «à titre individuel et solidaire un «anti-prix», pour misogynie, au film de Lars von Trier «Antichrist». Le réalisateur «suggère finement que la femme doit être brûlée sur le bûcher pour sauver le monde et pour que l'homme puisse enfin se mettre debout», affirme le président du jury, le cinéaste roumain Radu Mihaileanu dans une déclaration écrite.