Philippe Braunschweig n’aura survécu que trois ans à son épouse, Elvire. Il s’est éteint samedi matin, à Vevey, à l’âge de 82?ans, victime d’une maladie foudroyante qui laisse éplorés sa famille et tout le milieu de la danse, en Suisse et au-delà.
Natif de La Chaux-de-Fonds, rien ne prédisposait ce fils d’industriel, devenu industriel lui-même après une formation de physicien au Poly de Zurich, à embrasser la cause des danseurs. Avant de fréquenter les studios de ballet, il s’était passionné pour l’athlétisme et la boxe! C’est pourtant au cours de Madame Sedova, célèbre professeure russe, à Cannes, qu’il rencontra une jeune ballerine promise à un bel avenir: Elvire Kremis.
Quoi de commun entre ces deux êtres, l’héritier neuchâtelois, élevé d’une manière que l’on qualifierait de calviniste si ses racines n’étaient pas juives, et la belle Russe qui sacrifie tout à son art? Un amour passionné vaincra toutes les résistances. Elvire met sa carrière entre parenthèses pour suivre Philippe à New York, en 1953, lorsqu’il lui appartient de remettre la succursale américaine de Portescap sur les rails. Puis à La Chaux-de-Fonds, l’année suivante, lorsqu’il rejoint son père à la direction de l’entreprise familiale. Voyageant dans le monde entier, de l’Extrême-Orient à l’Amérique latine, il explore de nouveaux marchés. Pressentant le déclin d’Incabloc, le brevet en or de Portescap, du fait de l’apparition de la montre à quartz, il développe de nouveaux produits, à commencer par les micromoteurs. Mais la crise horlogère ne l’épargne pas. En 1986, Philippe Braunschweig n’a d’autre choix que de vendre son entreprise.
A 59?ans, il décide de vouer tout son temps à la danse. Au Prix de Lausanne, le concours international pour jeunes danseurs qu’il a fondé en 1973, il ajoute d’innombrables engagements bénévoles, telles les présidences de l’Association faitière suisse des professionnels de la danse (1991-1999), de l’Organisation internationale pour la reconversion des danseurs professionnels (1992-1999) et de l’Ecole supérieure de danse de Cannes Rosella Hightower (1999-2006). Mais il entre aussi dans le conseil de la Schweizerische Ballettberufsschule, à Zurich, et dans celui des Archives suisses de la danse, à Lausanne. Inlassablement, il organise des colloques à La Chaux-de-Fonds, à Lausanne, à New York, à Monte-Carlo. Et, bien sûr, il est la cheville ouvrière de l’installation de Maurice Béjart à Lausanne, en 1987.
C’est sur la scène du Hallenstadion, à Zurich, qu’il a croisé pour la première fois Béjart. Alors étudiant, Philippe Braunschweig est figurant dans une Belle au bois dormant présentée par l’International Ballet où Béjart est soliste. Les deux hommes se retrouvent des années plus tard par l’entremise d’Elvire. Le chorégraphe donnera sa caution au Prix de Lausanne naissant, et s’en remettra à son ami pour mettre sur pied et présider le Béjart Ballet Lausanne (1987-1992).
Philippe Braunschweig n’aura négligé aucun combat pour améliorer le statut des danseurs. Chevalier de la Légion d’honneur, officier de l’Ordre du mérite, lauréat du Deutscher Tanzpreis, il a reçu la Médaille d’or de la ville de Lausanne, en 1997.