Comme chaque année à pareille époque, les bacs des disquaires regorgent de CD. Au rayon classique, un coffret intrigue: il comprend un album avec la réédition d’un enregistrement (datant de 1985) de concertos pour piano de Bach par un certain Helmut Schmidt et un DVD beaucoup plus récent, où l’artiste, âgé aujourd’hui de 90 ans, converse avec une journaliste.
Helmut Schmidt ? Mais oui, bien sûr: il s’agit du chancelier de l’ancienne République fédérale d’Allemagne, en fonction de 1974 à 1982. Ayant plus d’une corde à son arc, Helmut Schmidt est également une plume réputée et un pianiste confirmé, suffisamment talentueux en tout cas pour que le label classique le plus prestigieux lui propose un contrat.
Quand bien même ils n’ont pas enregistré de CD, plusieurs grands du monde politique se sont eux aussi distingués sur le plan musical. On se souvient du président français Valéry Giscard d’Estaing, passionné d’accordéon, dont les prestations télévisées ont fait sourire dans les chaumières. Dans la catégorie des chefs d’Etat musiciens, on ne saurait passer sous silence Bill Clinton et son saxophone.
Toujours aux Etats-Unis, on citera encore Condoleezza Rice. Au cours de son dernier voyage en Europe en tant que secrétaire d’Etat, cette dernière s’est produite au piano à Buckingham Palace, devant la reine. Avant de se lancer en politique, la jeune Condoleezza était promise à un brillant avenir de musicienne, ayant donné son premier concert à l’âge de 15 ans déjà, avec l’Orchestre symphonique de Denver.
Les cloches de Micheline
En Suisse, une des seules personnalités à la stature fédérale qui ait osé affronter le public et les caméras dans une prestation musicale a été Micheline Calmy-Rey, qui a fait couler beaucoup d’encre, on s’en souvient, en chantant Les trois cloches sur le plateau de la TSR. On sait aussi que Simonetta Sommaruga, conseillère aux Etats bernoise, est une as du piano.
Dans le canton de Vaud, des représentants du monde politique ont eux aussi le goût des notes, bleues ou non. Poussé par ses parents, le syndic de Prilly, Alain Gillièron, a commencé la clarinette à l’âge de 6 ans et suivit des cours jusqu’à 17 ans, puis décida de tout lâcher pour se consacrer au sport. Mais la passion de la musique est la plus forte: à 35 ans, encouragé cette fois par des collègues, Alain Gillièron ressort son instrument du placard et – changement complet de style – intègre un groupe de jazz New Orleans, avec lequel il se produit plusieurs fois par année, à l’occasion de manifestations caritatives, de fêtes de communes ou de mariages.
Au Château, le conseiller d’Etat Jean-Claude Mermoud a connu le trac des prestations publiques car il chantait dans un chœur d’hommes jusqu’à il y a encore deux ans. Autre politique musicien, Jean-Claude Rochat, actuellement magistrat de la Cour des comptes, a fondé l’Orchestre de jazz du Grand Conseil (en plus du club de jazz lausannois Chorus) lorsqu’il était député; l’ensemble se produit notamment lors de la réception du président et pour la fête de Noël du législatif vaudois.
Quant à l’instrument de musique le plus prisé de la classe politique, comme d’ailleurs de l’ensemble de la population, le piano arrive bien évidemment au premier rang. Mais les motivations pour l’étudier sont diverses. Ainsi, François Marthaler l’a choisi parce que, à 8 ans, il a emménagé dans une maison où se trouvait un grand clavier droit que les anciens occupants n’avaient pas réussi à sortir.
La conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro, elle, a pris des leçons de piano pendant dix ans, avant d’arrêter lorsqu’elle est entrée au gymnase. Un souvenir musical particulier l’a profondément marquée: alors qu’elle rentrait un jour à la maison plus tôt que prévu, elle a entendu de la musique au salon. En ouvrant la porte, elle a aperçu celui qui était alors son mari, debout sur une chaise, les yeux fermés, en train de mimer les gestes d’un chef d’orchestre !
Jean-Christophe Bourquin au piano
EN SOLO Comme beaucoup de représentants du monde politique, le municipal lausannois a étudié le piano lorsqu’il était enfant, avant d’arrêter pour se consacrer au sport, le basket en l’occurrence. A la différence cependant de la plupart de ses collègues, Jean-Christophe Bourquin s’est remis au clavier dès la trentaine arrivée, mais pour quelques années seulement, faute de temps. Il avoue aussi avoir joué de la guitare, «un instrument pratique pour draguer les filles» et chanté pour ses petits-enfants, surtout à Noël.
Jean-Yves Pidoux au trombone 
INSOLITE La palme de l’instrument le plus insolite revient sans conteste au municipal lausannois en charge des Services Industriels, qui a pratiqué… le trombone à coulisse pendant une dizaine d’années.
Oscar Tosato à la flûte traversière
POLYVALENT Au hit-parade du nombre d’instruments de musique pratiqués, le municipal lausannois occupe très certainement la première place. Oscar Tosato a en effet d’abord joué de la flûte traversière et pris des cours de chant – sous la direction de Michel Corboz – lorsqu’il était étudiant à l’Ecole normale. Devenu père de famille, il a ensuite eu envie de s’essayer aux instruments de ses enfants, le piano et le saxophone, et a poussé la curiosité jusqu’à jouer… du fifre !