Une salle bondée, une chaleur d’étuve, des relents de marijuana, un maximum de sourires aux lèvres et, sur scène, un appel à la «tolérance, à la justice et à l’égalité». Samedi soir au Métropole, le spectateur qui avait lu la presse des derniers jours pouvait se demander s’il ne s’était pas trompé de concert. Annoncé comme un homophobe militant à interdire de micro, le monument reggae Capleton a plutôt eu des mots mignons pour sa maman et son papa, exhortant également les 2000 personnes présentes à honorer avec lui la figure tutélaire du reggae, l’empereur éthiopien Hailé Sélassié. Aucun appel au pogrom antigay, nul prêche homophobe – qui l’aurait de toute façon comprise, alors que l’artiste jamaïcain ne parvenait même pas à faire chanter à la salle le mot «emperor»?
C’est pourtant sur la base d’une vidéo amateur supposément tournée en décembre 2007 en Jamaïque que des associations de défense homosexuelles ont appelé à l’annulation du concert. Et que les ennuis des organisateurs du festival Metropop ont commencé. Au terme d’une folle semaine, ils s’expriment en bloc pour dénoncer une cabale diffamatoire «basée sur des méthodes inadmissibles».
En cause, un courrier de Stop Murder Music envoyé aux médias et aux sponsors du festival lundi 3 novembre, les enjoignant «d’intervenir auprès des responsables du Metropop pour qu’ils annulent le concert de Capleton». Julien Rouyer, du festival: «Nous avons reçu ce même courrier sans aucun contact, même téléphonique. Alors que notre programmation était connue depuis le 1er septembre, Stop Murder Music ne nous a jamais contactés pour en discuter. Elle a directement fait pression sur nos partenaires à quelques jours du concert.» Dans sa lettre, l’association précise que «Capleton aimerait tuer un part (sic) de la population, ici et en Jamaïque». Swissgay emboîte le pas le lendemain, ajoutant que «les organisateurs affirment ne pas être concernés par les reproches d’homophobie.» «Totalement faux!», s’insurgent les responsables. «Au contraire, nous avons constamment précisé que nous étions conscients de cette problématique et prêts à en discuter. De plus, nous avions une attestation de l’artiste s’engageant à ne tenir aucun propos discriminatoire.»
Néanmoins, c’est l’engrenage. 20 minutes titre: Un homophobe à Metropop «sans que leur journaliste ne juge utile de nous appeler!», dénonce François Biolay, directeur du festival. «C’était panique à bord! Tous les sponsors nous ont téléphoné. La plupart nous ont fait confiance mais la Loterie Romande et Orange – nos deux plus gros sponsors, à hauteur de 60?000 francs (ndlr: sur un budget de 400?000) – ont pris leur distance. Nous avons dû retirer toute la présence visuelle d’Orange du festival, uniquement sur la base des affirmations de Swissgay, non vérifiées et non datées! Pour l’année prochaine, je dois rediscuter avec eux.»
«Méthodes maffieuses»
Argument massue de Stop Murder Music: le concert du reggaeman à la Kaserne bâloise, prévu le 6 novembre, a été annulé par la salle. Capleton, qui comme nombre de chanteurs reggae a signé une charte de bonne conduite (RCA, Reggae Compassionate Act), n’aurait pas tenu ses engagements dans la fameuse vidéo. Relayée par Swissgay, cette version est reprise tel quel dans une lettre que l’Etat de Vaud a adressée au Metropop. La vérité est tout autre pour Laurence Desarzens, programmatrice de la Kaserne: «Nous avons été contraints d’annuler suite aux pressions politiques et aux menaces graves de Stop Murder Music, groupe lié aux autonomes de la Reitschule bernoise. Ces gens utilisent des méthodes maffieuses pour jouer sur l’émotion et empêcher tout débat – j’ai retrouvé ma voiture tagée de croix gammée!» Joint au téléphone, Tom Locher, «hétéro et fan de reggae», se présente comme l’un des quatre membres suisses de Stop Murder Music et prétend que les programmateurs «veulent faire de l’argent sans s’inquiéter du sort des homos jamaïcains.» Il assure avoir envoyé un e-mail aux gens du Metropop «mais ne pas avoir obtenu de réponse». Il n’aurait pas pu non plus obtenir leur téléphone.
Le concert lausannois, néanmoins, a eu lieu. Municipal en charge de la Jeunesse et des sports qui subventionne le festival (28'000 francs), Oscar Tosato affirme avoir eu toute confiance en les organisateurs, «une équipe d’une rare compétence». Ces derniers envoient aujourd’hui une lettre de mise en garde à Stop Murder Music et Swissgay. «Si un sponsor nous lâche suite à cette affaire, nous nous réservons le droit de réclamer des réparations financières. Au vu du concert de samedi, en tout cas, nous assumons totalement notre choix.»
Bilan limite mais équilibré
Huit mille spectateurs ont visité les quatre lieux de concert(s) du Metropop ce week-end. Un score suffisant pour assurer l’édition 2009 mais pas assez pour remplir les caisses. Mauvaise surprise: le concert de Camille, vendredi, n’a pas tenu ses promesses d’affluence avec une demi-salle, alors que Starsailor, la veille, ne remplissait que 800 des 2000 places de la salle Métropole. A nouveau, le festival cartonne avec la soirée reggae, sold out. Alors que le D! et le Romandie affichaient de bonnes affluences, les concerts aux Docks (Micky Green et Psy4 de la rime) ont particulièrement bien fonctionné, avec un sold out samedi pour la soirée rap.
Tarifs CFF: la nouvelle hausse annoncée est-elle acceptable?