CARNET NOIR

Décès de Lena Horne, diva du jazz, première star noire et militante contre le racisme

Par AFP le 10.05.2010 à 21:33

La chanteuse noire Lena Horne, dernière grande diva du jazz décédée à l'âge de 92 ans dimanche, a été une égérie de la lutte pour les droits civiques qui a contribué à ouvrir la porte d'Hollywood aux artistes noirs.

"C'était une reine avec une conscience. Une femme qui a transformé la société", a déclaré lundi le pasteur noir Jesse Jackson.

Célèbre pour son interprétation de "Stormy Weather", Lena Horne, à la beauté pétillante et à la voix d'ambre, fut la première Noire américaine à signer un contrat à long terme avec un grand studio hollywoodien.

Née dans le quartier new-yorkais de Brooklyn en 1917 dans une famille noire bourgeoise militant pour la reconnaissance des gens de couleur, Lena Mary Calhoun Horne a commencé à chanter à 16 ans, parmi les choristes du fameux club de jazz de Harlem, le Cotton Club, réservé aux Blancs même si la scène ne produisait quasiment que des artistes noirs.

En 1940, elle devient la première chanteuse noire à se produire avec un orchestre blanc, le Charlie Barnet Band. Elle atteint la célébrité en signant un contrat de sept ans avec les studios Metro Goldwyn Mayer, du jamais vu pour un artiste noir.

Lena Horne a participé à de nombreuses comédies musicales dont "Thousands Cheer" (1943), "Broadway Rhythm" (1944), "Two Girls and a Sailor" (1944), "Ziegfeld Follies" (1946) ou encore "Words and Music" (1948). Les critiques de l'époque la décrivent comme "une beauté irradiante couleur sépia" même si Hollywood la cantonne à des rôles secondaires à cause de sa couleur de peau.

Ses interventions étaient souvent limitées à une chanson, qui pouvait être facilement coupée lors des projections dans le sud du pays, où la simple idée de faire chanter une femme noire était incongrue dans les années 1940.

Vogue magazine la décrit à l'époque comme "la première beauté noire d'Hollywood, symbole sexuel, star de la chanson".

"J'étais unique dans le sens où j'étais le genre de Noire que les Blancs pouvaient accepter", déclarait-elle avec un soupçon d'amertume dans un entretien au Los Angeles Times. "J'étais leur rêve. Ce fut pour moi la plus difficile façon d'être acceptée parce que ce n'était ni pour ce que j'étais, ni pour ce que je faisais mais simplement pour mon apparence".

Pendant la guerre, l'armée fait appel à son sourire espiègle et sa voix expressive pour chanter pour les soldats. La star refuse toutefois de se produire devant des groupes pratiquant la ségrégation et provoque un incident en refusant de chanter devant des prisonniers allemands blancs car ils sont assis devant des soldats américains noirs.

Dans les années 60, Lena Horne milite dans la grande association de défense des droits des Noirs NAACP. On la voit assister au fameux discours de Martin Luther King, "Je fais un rêve".

"On vous demandait un autographe et en même temps vous ne pouviez pas monter dans tel ou tel bus", racontait-elle.

Au sommet de sa carrière, Lena Horne s'est produite dans tous les grands cabarets avec des stars telles Judy Garland, Bing Crosby et Frank Sinatra.

En 1947, elle épouse en secondes noces, en France à l'abri des regards, Lennie Hayton, arrangeur et pianiste de la MGM, un mariage interracial qu'elle garde secret trois ans et qui nuira à sa carrière.

Quand Halle Berry est devenue en 2002 la première Noire à remporter l'Oscar de la meilleure actrice, la star hollywoodienne avait, dans un sanglot, lancé un hommage à Lena Horne notamment: "ce moment est pour Dorothy Dandridge, Lena Horne... toutes ces femmes de couleur sans visage qui ont maintenant une chance parce que la porte est désormais ouverte".

Sondage

Tarifs CFF: la nouvelle hausse annoncée est-elle acceptable?