C’est la bombe du SonntagsBlick d’hier. En pages 6 et 7, le lecteur germanophone apprend qu’Ernst Beyeler a été mis sous tutelle. Le galeriste bâlois n’a pas surmonté la mort de sa femme, Hildy, en 2008. L’homme, qui devait déjà se faire aider pour marcher, circulerait aujourd’hui le plus souvent en chaise roulante. Il aurait de la peine à s’exprimer.
Bâle-Ville vient donc de décréter l’incapacité de cet homme de 88?ans. Son tuteur sera Edgar Fluri, 61?ans, sourire ravageur et profil d’aigle. Fluri enseigne l’économie à l’Université de la ville. C’est lui qui gérera désormais la fortune d’Ernst Beyeler, que le SonntagsBlick chiffre très, très modestement à «deux ou trois milliards».
Un stock inimaginable
Tout semble en fait compliqué. Il y a d’une part la galerie, dont le marchand a peu à peu fait la réputation. Il s’agit, même si le lieu peut sembler modeste, de la plus importante du monde dans le domaine de l’art moderne. Elle détient un stock quasi inimaginable. Sa vente brutale aurait de quoi faire s’effondrer le marché de l’art. Trop de chefs-d’œuvre à la fois! D’un autre côté existe la Fondation de Riehen/Bâle, ouverte au public en 1997. Elle possède des centaines d’autres œuvres, de Van Gogh à Rothko. Un parcours que peuvent offrir peu de musées publics au monde. Galerie et fondation entretiennent cependant des liens. L’une éponge le déficit de l’autre.
Que deviendra la galerie? Qu’en sera-t-il de la Fondation? Deux questions brûlantes, maintenant qu’Ernst Beyeler ne semble plus en état de décider. On sait en effet qu’Ernst et Hildy Beyeler n’ont pas eu d’enfants. Il se dit dans leur entourage qu’un testament existe. Mais nul n’en connaît (ou ne veut en dévoiler) le contenu.