Le concours de piano de Vevey, qui porte le nom de la célèbre artiste Clara Haskil, accueillera 42?candidats, dès demain, pour sa 23e?édition. Mais à quoi peut-il bien servir? La question paraît légitime à l’heure où les compétitions pour jeunes instrumentistes classiques se multiplient dans le monde entier. A l’heure surtout où le nombre de musiciens sortant des conservatoires explose, en raison notamment de l’engouement des Asiatiques pour la musique occidentale: rien qu’en Chine, on compte chaque année plus de mille pianistes terminant leur formation.
Pour Patrick Peikert, son directeur, la manifestation se veut «un tremplin pour commencer une carrière mais aussi pour se faire connaître, ce qui est d’autant plus important pour les pianistes, qui sont en général peu habitués à avoir des projecteurs braqués sur eux». Le Clara Haskil peut se targuer d’un joli palmarès, plusieurs lauréats poursuivant de belles carrières: Christoph Eschenbach, Till Fellner, Martin Helmchen, pour ne citer que les plus connus.
Concours à l’identité forte
Pour le pianiste Michel Dalberto, lui-même lauréat en 1975 et président du jury de 1991 à cette année, ce succès s’explique par l’identité très forte du concours. «Cela est dû à la personnalité et au répertoire de Clara Haskil, ainsi qu’au caractère exclusif de la récompense: un seul prix est décerné (un chèque de 20?000?francs), et encore, le jury peut décider de ne pas le donner.»
Autre avis convergeant, celui de Cédric Pescia. Ce jeune pianiste lausannois talentueux, était, au départ, farouchement opposé à l’idée de concourir, estimant n’avoir pas l’esprit de compétition suffisamment aiguisé. Il s’est ravisé depuis, en décidant notamment de participer à celui de Salt Lake City (Etats-Unis) en 2002, concours qu’il a remporté! «Vous ne jouez pas forcément mieux qu’avant, mais les gens vous regardent différemment. Et la confiance en soi augmente.»
Malgré l’éloge, le Clara Haskil reste une manifestation relativement peu connue. Patrick Peikert l’admet. «Il reste à faire pour la rendre plus visible», confie-t-il avant d’évoquer le manque de moyens logistiques et personnels.
Engagement non garanti
Les engagements proposés aux lauréats sont l’autre grand défi à relever. Gagner un prix, c’est bien. Avoir la certitude d’être ensuite engagé pour des concerts, c’est encore mieux. Si des agents et des orchestres, surtout en Suisse et en France, manifestent leur intérêt pour les lauréats du concours, le prix ne donne toutefois aucune garantie d’engagement…