REPORTAGE

Au concert de Mylène Farmer, le show bien orchestré des CFF

Par FRANÇOIS BARRAS le 07.09.2009 à 00:02

Soixante mille personnes ont assisté aux deux prestations de la rouquine ce week-end. Derrière le spectacle musical, celui, tout aussi bien rodé, des travailleurs du rail.

«L’arrivée, c’est jamais un problème. C’est le départ qui est sportif.» Ambiance de western ce samedi après-midi, tandis que David Robert scrute la ligne d’horizon sous un soleil déclinant. Pour l’heure, pas de bruit et peu de monde sur les quais: la gare du Stade de Genève n’ouvre que rarement ses portes. Elle le faisait le week-end dernier pour une double ration de Mylène Farmer, vendredi et samedi, devant 30?000 spectateurs à chaque round.

Le côté «sportif» redouté par le chef du dispositif de l’information clientèle des CFF, c’est le reflux des quelque 5000 usagers du train qu’il faudra rapatrier sur Genève en moins d’une heure, dès la dernière note, susurrée à 23?h?30. Ou avant, pour peu qu’un orage éclate, que la chanteuse interrompe sa prestation ou que celle-ci soit jugée trop abominable. Mais hors de ces cas peu probables, un concert «événement» consiste à préparer au long de la journée les conditions «d’évacuation» optimum pour le spectateur repu de musique, et pressé de regagner ses pénates.

Cela mobilise une logistique massive, minutée dans la mesure du possible. «Quand Johnny décide soudain de jouer trente?minutes de plus, c’est tout notre horaire qui se trouve chamboulé. En juillet, nous avons ainsi dû retenir des trains à Genève pour n’oublier personne. Les plaintes sont peu nombreuses.» David Robert poursuit: «L’Euro 2008 fut le premier gros test pour ce type d’opération. Moins problématique au niveau sécurité, un concert est plus facile à gérer qu’un match de foot. On commence l’organisation trois?mois avant l’événement: d’où viendront les spectateurs? Combien seront-ils? Combien de trains prévoir? A quelle heure? Tout cela a un coût important, mais c’est aussi une opération de prestige des CFF.»

Gilets jaunes
Au cours de l’après-midi, les trains spéciaux quittent toutes les quinze?minutes la gare centrale. Répartis sur le trajet, les «gilets jaunes» sont la force de frappe du service d’information à la clientèle, dont le centre de commandement double ses effectifs pour l’occasion. Les gilets sont portés par des vendeurs, parfois par des cadres ne rechignant pas à retrouver les joies du terrain.

Doublement de personnel également au poste directeur de la gare, où le chef de conduite de l’exploitation, Michel Vogt, suit en temps réel le déroulement de la journée. Un immense panneau reproduit l’ensemble du flux ferroviaire, de Rolle à la France. C’est d’ici que l’on dirigera les trains spéciaux de retour vers Genève .

Zéro chance à l’imprévu
21?h?30, Mylène Farmer entre en scène. Dans l’ombre, 7 trains débutent aussi leur lente chorégraphie et se placent à la queue leu leu sur l’unique voie de la mini gare. Sur le quai: police du rail, gilets jaunes en force, contrôleurs en rab et même duo de mécaniciens en renfort, «au cas où une porte se bloque». Zéro chance à l’imprévu.

23?h?30, rideau. Quelques minutes plus tôt, un train a déjà accueilli une centaine de départs précoces. Mais la vague de fans est soudain massive: en une demi-heure, chaque train évacuera toutes les dix minutes jusqu’à 1000 voyageurs d’un coup! Personnel rodé, ambiance familiale: zéro pépin. Peu après minuit, l’affaire est dans le sac. Prochain rendez-vous: Depeche Mode, en novembre à Palexpo.

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