Au-delà des polémiques qui crispent le cinéma suisse, des nostalgies et du chauvinisme, le jeune cinéma réplique. Et plutôt bien! Locarno, et le festival qui s’achève samedi, lui sert de vitrine comme de témoin.
Première programmation du Français Olivier Père, ancien patron de la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes et nouveau directeur artistique de Locarno, l’édition 2010 est marquée par une présence suisse remarquable, toutes générations confondues. Dans le sillage de Frédéric Maire, la transition est appréciée.
– Dans quel état le cinéma suisse vous apparaît-il aujourd’hui?
– Je le connaissais déjà dans les grandes largeurs, mais pas à fond. Cette année, un de mes objectifs a été de voir toute la production prête pour Locarno. Ces cinq dernières années ont coïncidé avec l’apparition d’une nouvelle génération de réalisateurs suisses de talent, sur les épaules desquels repose l’avenir. Ils sont intelligents et se constituent en groupes actifs. La donne de cette année me plaît beaucoup. Elle va à l’encontre d’un certain cliché qui voudrait que les Suisses soient forts sur le documentaire mais pas sur la fiction. Les deux films en compétition – La petite chambre et Songs of Love and Hate – prouvent le contraire. Ils tiennent la comparaison internationale.
– Reste pour cette nouvelle génération à s’inscrire dans la durée en construisant sa filmographie comme une œuvre…
– Ces auteurs-là existent, mais la gestation est beaucoup plus longue et laborieuse que naguère. L’époque où un cinéaste pouvait faire un film par an est révolue. La chose est devenue plus difficile, pour des raisons économiques d’abord. Résultat? De nombreux cinéastes tournent beaucoup moins vite qu’ils ne le voudraient. Le Philippin Raya Martin est l’exemple contraire: à 25?ans, il a déjà derrière lui une dizaine de films. Dans la même veine, on voit un Lionel Baier plus soucieux de vitesse et de liberté que de financement, avec un début de filmographie, en marge d’un système institutionnel de plus en plus lourd et lent, voire castrateur.
– Jean-Luc Bideau prône la création d’un polytechnicum pour fédérer le cinéma suisse. Une idée à creuser?
– Les écoles de cinéma sont très critiquées. Je ne leur crache pas dessus, mais elles devraient être moins axées sur la théorie et mieux adaptées à la réalité. C’est très beau d’apprendre ce qu’est la mise en scène, sauf que nombre de jeunes en sortent désarmés par rapport au parcours du combattant qui consiste à trouver un producteur, un agent, un scénariste, etc. Une école de cinéma se doit aussi d’aider les jeunes à trouver des idées et des débouchés.
– Dans ce contexte, quel rôle le Festival de Locarno peut-il jouer?
– Je pense que l’Etat doit aider le cinéma, sans directives contraignantes. Ce qu’il faut, c’est inciter les cinéastes à s’exprimer le mieux possible, et leur en donner les moyens. Pour qu’un cinéma d’auteur fort existe, il faut un cinéma commercial fort. Même si le système des vases communicants ne fonctionne pas toujours. Le cinéma suisse doit cultiver sa personnalité. Dans les années 60 et 70, celle-ci assumait une forme d’insolence, de liberté et de légèreté. Des caractéristiques qu’on retrouve par exemple chez Lionel Baier. La preuve que le cinéma suisse doit assumer son identité grâce à ses auteurs. Quant à un cinéma commercial qui fonctionne, il faut le laisser aux gens qui savent faire ça