RENCONTRE

Christophe Maé: «Je me balade moins qu’avant les mains dans les poches»

Par François Barras le 19.03.2010 à 00:02

Christophe Maé revient avec le printemps. Dans la même veine de reggae soft, un nouvel album doit confirmer le succès monstre de Mon paradis.

«On appelait ça «Chez Tony». Tu connais? Un bar à Sion qui faisait l’angle, avec une discothèque au sous-sol!» Les deux millions d’albums vendus par Christophe Maé n’éludent pas les souvenirs inattendus. Dans une luxueuse alcôve boisée du Lausanne Palace, c’est ainsi le carrelage de la Nouvelle Epoque , ledit bistrot sédunois, qui s’invite à l’interview. C’est prouvé: le dernier phénomène en date de la chanson française, celui qui égala, avec un premier album, les ventes des mandarins du genre (Hallyday et Cabrel) ne triche pas sur son curriculum vitae au moment de sortir son second disque, On trace la route.

«Aujourd’hui j’enjolive un peu. Mais quand même, c’était une période sympa: je vivais de ma musique, et tant pis si les cachets payaient juste mon essence et mes repas.» Alors que les nouvelles gloires fugaces se cueillent au vol saisonnier des tremplins de téléréalités, Maé, 34?ans, est plutôt un jeune de la vieille école: éduqué sur la route, élevé dans les bars et les chambres de bonne parisiennes. En attendant son heure…

Elle arriva en costume. Celui de «Monsieur, le frère de Louis XIV», alias le Roi Soleil. Dans la comédie musicale du même nom, le natif de Carpentras vole dès 2005 la vedette à Emmanuel Moire et impose son nom. S’ensuit un premier album de chanson reggae soft, carton de l’année 2007. Mon paradis portait bien son nom. Pour son second essai, le purgatoire n’est pas une option: «La pression est là, je ne vais pas mentir. Mais elle m’a surtout accompagné pendant l’écriture, dans un sens finalement bénéfique. Je compose toujours à la spontanéité, mais mon niveau d’exigence a augmenté d’un cran: sur une cinquantaine de titres, j’en ai gardé douze. Mon but est de durer, pas de flamber! Une carrière d’artiste passe par de bonnes chansons, pas par ta bonne gueule.» Extrêmement lucide, légèrement sur ses gardes, raisonnablement démago, il se sait «phénomène», mais assure que «rien n’a changé», que «le noyau de potes reste essentiel» et que «l’installation à Paris n’est pas pour demain».

Je viens du Sud, chantait Sardou… Maé pourrait le reprendre à son compte, mais ses influences musicales comme ses choix de vie diffèrent fondamentalement de son aîné. Lui, c’est Bob Marley, «encore et toujours»; un discours écolo-bobo bien dans l’air du temps; une démarche citoyenne qui le fait participer à la tournée des Enfoirés en faveur des Restos du Cœur. «Faire un bœuf avec Francis Cabrel et Jean-Louis Aubert à trois heures du matin dans le salon de l’hôtel, c’est un truc sympa!»

Maé, c’est aussi un personnage festif à la décontraction de Club Méditerranée, loin de la solennité des chanteurs à texte. «Mais je me balade moins qu’avant les mains dans les poches. C’est un truc que j’ai dû apprendre avec le succès: je sais qu’une erreur peut me suivre, qu’il faut être conscient de l’œil du photographe, du jugement du public. Je suis plus vigilant sur ma vie privée, mais pas parano.»

«Marley, à moitié bourré»
A l’exercice de la conversation, sa voix voltige moins que sur album, ne serait-ce l’accent chantant. Il avoue la brider en studio, conscient que les tics vocaux peuvent lasser. Comme les glapissements de feu Michael Jackson? «Ah non! Lui, c’était top de bout en bout! Le Best Of des Jackson?5 est le premier CD que j’ai acheté.» Lui a-t-il donné l’envie de chanter? «Non, c’est arrivé plus tard, un peu par hasard. Un soir, à moitié bourré avec des potes, on faisait des reprises de Marley. Tous m’ont dit de continuer, que ma voix avait un truc. Ça a démarré comme ça, progressivement. Quand ton label te téléphone pour t’annoncer que tu as vendu un million de disques, ça fait plaisir mais ça reste abstrait. En revanche, quand tu vois les salles pleines devant toi, là, tu sens qu’un truc se passe. Que tu as fait du chemin.»

Concert: Avenches, Rock Oz’Arènes, ve 13 août
Rens.: 026 675 44 22
www.rockozarenes.ch.


 

CRITIQUE

On trace la route : une virée sans surprise

Christophe Maé n’a pas changé de moteur pour assurer la tenue de piste de ce second disque. Nul road movie éreintant: On trace la route se joue sur des chemins de campagne, capote ouverte, vent chaud, sourires aux babines. Le Français confirme sa facilité à oindre de miel les jointures de ses chansons, articulant efficacement couplets et refrains dans un registre oscillant entre folk gentil, reggae soft et ska léger. Guitares sèches et nerveuses, voix métisse qui force volontiers sur l’accent des îles – son charme ou son défaut, au choix. Les textes chantent à grosse louche la concorde universelle: ça ne mange pas de pain mais ça peut faire plaisir à l’orée du printemps. «Je ne veux pas que mes chansons fassent mal à la tête», explique-t-il. Gagné.

Christophe Maé, On trace la route, distr. Warner

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