Musée de l'Elysée

Lacoste retire son soutien à l'Elysée

Par Boris Senff le 22.12.2011 à 22:30

Drapé dans son honneur depuis l’exclusion de Larissa Sansour du Lacoste Prize 2011 , le musée lausannois ne convainc pas.

Comme annoncé dans notre édition d’hier, le Lacoste Elysée Prize a été annulé par le Musée de l’Elysée. Suite aux pressions de l’entreprise de prêt-à-porter pour éliminer de la compétition une candidate, la photographe palestinienne Larissa Sansour, l’institution a préféré abandonner la deuxième – et dernière – édition d’un prix qui cherchait à stimuler la jeune création. Lacoste a en effet fait savoir hier soir qu’il se retirait définitivement de l’événement.

Même si la marque au crocodile assure que c’est l’éloignement du thème du concours – «la joie de vivre» – qui a suscité la mise à l’écart de la candidate, ce sont plutôt les positions pro-palestiniennes de son travail qui semblent avoir été déterminantes. Difficilement défendable, l’intrusion d’un sponsor dans le contenu d’un travail artistique suscité et encouragé par l’Elysée ne pouvait qu’amener le musée à prendre ses distances avec son pourvoyeur de fonds – chacun des huit candidats recevait 4000?euros, le gagnant 25?000.

Une institution publique qui défend son indépendance, voilà un heureux dénouement. Du moins aimerait-on le croire. Car il reste des ombres au tableau. Comment expliquer, par exemple, le délai d’une semaine entre le premier avertissement fait à l’artiste par l’Elysée, mercredi 14 décembre, et sa prise de distance définitive une semaine plus tard? Ce n’est en tout cas pas Sam Stourdzé, directeur de l’Elysée, qui nous apportera des éclaircissements, verrouillant pendant toute la journée d’hier la communication de son musée pour ne s’ouvrir finalement qu’au micro de Forum, hier soir, sur "RSR La Première". «Quand le compromis est devenu compromission, a-t-il argumenté, il a fallu arrêter le prix.»

On ne sait toujours pas ce qui s’est passé le mercredi 21 décembre, jour de la diffusion du communiqué de presse par l’Elysée. Selon Soren Lind, assistant et mari de Larissa Sansour, la prise de distance ne fut effective qu’à 18?h, heure de l’envoi qui manifeste la rupture entre les partenaires. «Le matin même, l’Elysée et Lacoste étaient encore sur la même ligne. Je ne sais pas ce qui s’est passé pendant la journée. Le sponsor a-t-il retiré son soutien?»
Soren Lind, qui a mené la plupart des négociations et pris l’initiative d’un communiqué mardi dernier déjà, ne charge pas pour autant le musée. «Ils ont cherché à nous soutenir, mais je les ai toujours sentis sous la pression de Lacoste. C’était: éliminez-la ou on se retire.»

Sous les fourches Caudines de l’alligator textile, Sam Stourdzé semble effectivement avoir cherché le compromis dans un premier temps. «Dans une logique constructive, il nous a proposé de monter une exposition avec Larissa», se remémore Soren Lind. La semaine dernière, dans un mail signé Pascal Hufschmid, responsable du développement, le musée proposait «d’utiliser l’expression suivante: «Larissa Sansour a décidé de poursuivre d’autres opportunités.»

Autrement dit, il cherchait à lui faire comprendre qu’il serait de bon ton qu’elle abandonnât de son propre gré. Pensait-il pouvoir arranger les susceptibilités par la méthode douce? On trouvait toutefois hier encore sur le site de l’Elysée un communiqué de presse qui avait été retouché de manière à ne plus faire apparaître l’artiste incriminée par le sponsor. «Pour cette 2e édition, le Lacoste Elysée Prize donne carte blanche à sept artistes prometteurs.» Or ils étaient huit…

Le procédé, toutes proportions gardées, rappelle ces responsables staliniens qui disparaissaient des photographies officielles à mesure de leur disgrâce… Soren Lind a aussi appris de la bouche même du responsable Pascal Hufschmid qu’une autre option aurait été évoquée, mais pas retenue: s’assurer, en faisant pression sur le jury, que Larissa Sansour ne gagne pas le prix.

Les tergiversations et les atermoiements de Sam Stourdzé cherchaient probablement à maintenir le dialogue entre les différents partenaires du prix. Reste que sa tentative de sauvetage l’a conduit parfois assez loin des doux rivages institutionnels. Sortant du silence, il finira toutefois par répondre, par SMS uniquement, à une de nos questions, nous garantissant énergiquement qu’Anne Lacoste, conservatrice à l’Elysée depuis avril, ne fait pas partie de la fameuse famille…

Hier, à la radio, il se désolait de voir les huit nominés lésés par cette affaire. L’un d’entre eux, sous couvert d’anonymat, regrettait surtout d’avoir été pris en tenaille, aussi bien par les erreurs de Lacoste que par la communication de Larissa Sansour, qui a tenté de les impliquer dans ce qu’il qualifie de «cause juste». Avec une nuance: «Je n’aime pas que l’on me force.» Etrange affaire où tout le monde sort perdant. «Et cela pour des photographies somme toute inoffensives», commente ce candidat, lui aussi éconduit…

Inutile de se poser trop de questions, faites des recherches sur le passé des Lacoste et vous aurez compris.

Ce n'est que la 2me affaire qui touche le Musée de l'Elysée: cet été, Le Courrier avait révélé que le Musée de l'Elysée se vendait des expositions à lui-même, via une société basée à Paris, contrôlée par le même Sam Stourzé.
On était déjà dans ce même mélange des genres, entre art et argent.

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