BEAUX-ARTS

Le Caravage «photographiait» ses modèles pour les peindre

Par Emmanuelle Andreani / AFP FLORENCE le 05.03.2009 à 00:01

Au XVIe siècle, le peintre milanais aurait utilisé un système révolutionnaire lui permettant de «photographier» ses modèles.

Le peintre Michelangelo Merisi, dit «Le Caravage» (1571-1610) se servait d’instruments optiques révolutionnaires lui permettant de «photographier» ses modèles, plus de 200?ans avant l’invention de l’appareil photo, selon les travaux d’une chercheuse italienne.

Le Caravage, maîtrisait un «ensemble de techniques qui sont la base même de la photographie», explique Roberta Lapucci, enseignante à la SACI, l’école américaine d’art de Florence. Le peintre travaillait dans une «chambre noire» où il plaçait ses modèles, qui étaient éclairés par la lumière filtrant à travers un trou dans une paroi. L’image était ensuite projetée sur une toile à travers une lentille et un miroir.

Peintre empoisonné ?
La toile était enduite d’une préparation composée de différents éléments sensibles à la lumière, permettant de fixer l’image pendant environ une demi-heure. Ensuite, dans l’obscurité quasi totale, le peintre brossait à grands traits l’image projetée grâce à un mélange de blanc de céruse, d’éléments chimiques et de minéraux visibles dans le noir.

La chercheuse émet l’hypothèse qu’il se servait d’une poudre photo luminescente faite de lucioles concassées, utilisée à l’époque pour les effets spéciaux au théâtre. L’un des éléments principaux de ces mélanges était le mercure, ce qui expliquerait, selon elle, le caractère agité et colérique du Caravage, dont la vie querelleuse a été marquée en 1606, à Rome, par un meurtre qui l’a obligé à fuir à Malte.

Camera obscura
Cette technique explique selon l’enseignante «le fameux clair-obscur des tableaux du Caravage et la lumière «photographique» qui les éclaire». L’installation lui avait été suggérée par son ami le physicien Giovanni Battista Della Porta. «Le Caravage était très lié avec une communauté de savants s’intéressant à l’optique», explique la restauratrice. Le système de chambre noire ( camera obscura ) avait déjà été décrit par Léonard de Vinci (1452-1519) mais le Caravage est le premier peintre à en faire usage.»

Les travaux de Roberta Lapucci font écho à ceux du peintre et photographe britannique David Hockney, qui estime, dans son livre Savoirs secrets (2001), que le Caravage, puis Van Dyck (1599-1641) et Ingres (1780-1867) utilisaient des instruments optiques pour mettre en scène leurs tableaux.

Cette théorie est contestée par des historiens d’art. Faute de preuves suffisantes et parce qu’elle discrédite l’inventivité des artistes. «Il existe de nombreuses preuves, se défend Roberta Lapucci, notamment le fait que le Caravage ne faisait jamais de dessin préparatoire: il est donc plausible qu’il se servait de ces «projections» pour peindre. Un nombre anormal de ses modèles sont gaucher. Cela pourrait s’expliquer par le fait que l’image projetée sur la toile était à l’envers, les lentilles de l’époque ne permettant pas de la projeter à l’endroit.»

La chercheuse le souligne: «Cette anomalie disparaît dans les œuvres tardives de l’artiste, signe que les instruments s’améliorent. Mais sa maîtrise de certaines techniques n’enlève rien à son génie, au contraire. Il ne suffit pas de projeter des images sur une toile et de les recopier pour devenir le Caravage!»


 

Camera obscura: Aristote déjà dans le coup

De la part optique du procédé que le Caravage aurait utilisé, on parlait déjà depuis plusieurs années. La part chimique par contre, on la découvre ici avec des accents de polar sur fond de bagarre et de meurtre. C’est sans doute par ce double artifice préphotographique que l’irascible génie milanais fait figure de pionnier. Pour le seul recourt à la camera obscura (phénomène qu’Aristote avait déjà constaté au IVe siècle avant notre ère), il semble bien que le Brugeois Jan Van Eyck l’ait précédé d’un siècle et demi, notamment dans son fameux portrait des «époux Arnolfini» (1434), à la précision toute «photographique».

La question des «béquilles» optiques chez les vieux maîtres fait débat depuis que le peintre David Hockney a publié en 2001 son livre Savoirs secrets où il affirme que si la peinture de la Renaissance a fait un bond dans la représentation réaliste du monde, c’est que les peintres se sont mis à utiliser des machines à dessiner, notamment des miroirs concaves qui, utilisés comme lentilles, permettent de projeter des images sur un support. Sur sa liste de «suspects»: Van Eyck, le Caravage, Vermeer, Ingres ou Vinci lui-même, sans compter les Canaletto et Guardi qui n’ont jamais fait mystère de leur usage assidu de la camera obscura pour leurs vues de Venise et d’ailleurs. Mais Hockney – dont la peinture part de la photo – s’empresse d’ajouter que l’optique ne fait pas l’art. Une «chambre noire» ne suffit pas à fabriquer des Caravage.

Côté scientifiques (absence de preuves) comme côté historiens de l’art (les puristes qui y voient une forme de révisionnisme artistique), le débat n’est pas clos. En 2001, pour la célèbre essayiste américaine Susan Sonntag, prétendre qu’il n’y a pas eu de grands peintres avant l’existence d’instruments d’optique reviendrait à dire qu’il n’y a pas eu de grands amants avant le Viagra!

Françoise Jaunin

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