DOCUMENTAIRE

Bienvenue chez les Bolzes

Par FRANÇOIS BARRAS le 30.12.2009 à 00:01

La Basse-Ville fribourgeoise racontée par ses derniers natifs cartonne au cinéma. Ruelle des Bolzes tente dès aujourd’hui le pari lausannois.

Neuf semaines d’exploitation continue à Fribourg, plus de 10?000?spectateurs, 2000?DVD épuisés avant les Fêtes! Ne cherchez pas du côté du cinéma hollywoodien en 3D le succès surprise de l'automne romand: l’ovni qui cartonne a coûté 6000?francs, apéros non compris. Et plutôt que de viser les galaxies lointaines, il zoome sur un bout de terre singinoise et ses quelques irréductibles autochtones. Ruelle des Bolzes , de Jean-Théo Aeby, raconte la Basse-Ville de Fribourg sur le ton d’un documentaire à la fantaisie enjouée et au dilettantisme assumé. Porté par son succès en «ses» terres, il hérite d’une distribution supracantonale et débarque en salle saujourd’hui à Lausanne.

C’est peu dire que Jean-Théo Aeby n’espérait pas un tel accueil. Ce publicitaire à la retraite avait déjà réalisé quelques documentaires en hobby avant de se laisser tenter par un portrait d’Hubert Audriaz, «Bolze» pur sucre (lire ci-dessous). «De fil en aiguille, on m’a proposé d’aller filmer aussi celui-ci, puis celui-là. Ainsi s’est dessinée une histoire de la Basse-Ville à travers ses personnages.» On y croise Boubie Blues, Pain Long, Gabby Marchand, de ces tronches que chacun a rencontrées dans son quartier et qui offrent à Ruelle des Bolzes une relative universalité.

«Pas besoin d’habiter Los Angeles pour connaître des questions de clans», raconte Jean-Théo Aeby, en référence à la guéguerre entre les communautés de l’Auge (germanophone) et de La Neuveville (francophone), qui composent la Basse-Ville, mais aussi aux frottements entre ceux «d’en haut» et «d’en bas». Lui-même né en 1943 dans le quartier du Bourg, «en haut» donc, garde un souvenir sportif de ses mardis gras d’enfance, quand il se faisait «schlaguer par les Rababous», ces personnages monstrueux qui animent encore le Carnaval des Bolzes.

Artisanat familial
Un brin de fibre écolo (l’eau de la Sarine n’est plus ce qu’elle était et les vénérables immeubles endurent une lourde spéculation immobilière), un chouïa de nostalgie, un minimum d’artisanat familial (on sillonne les escaliers sur les pas de sa petite-fille de 12?ans, Lula)… La Ruelle des Bolzes de Jean-Théo Aeby compense en fraîche authenticité ce qu’il lui manque en qualités artistiques. Intègre, le réalisateur a déjà rabroué les sirènes de la tentation. «On m’a demandé un Bolzes , le retour ! On ne va quand même pas exagérer.»

Ruelle des Bolzes, de Jean-Théo Aeby. 77’. Lausanne (Galeries), Bulle, Fribourg, Genève.


 

«Les vrais Bolzes? Les gamins pauvres de la Basse-Ville!»

témoignage
«Ce que c’est qu’un Bolze? C’est très très simple», répond Hubert Audriaz, qui rayonne sur l’affiche du film avec son T-shirt bleu et sa tignasse grise indomptable. «Les vrais Bolzes, ce sont les gamins pauvres de la Basse-Ville, un peu méprisés par les gens de la Haute. Des gens qui habitent la vieille ville depuis des générations, qui parlaient français au départ et qui sont devenus bilingues en se mélangeant avec les Singinois.» Un bilinguisme tout particulier puisqu’il mélange allégrement dans la même phrase des mots français et allemands. L’artiste peintre Hubert Audriaz, bientôt 70?ans, est un personnage emblématique de la «Basse». Celui qui a inventé le passeport vacances à Fribourg avant de l’exporter dans toute la Suisse romande, crée chaque année des parcours initiatiques pour les enfants dans la vieille ville. En cette fin d’année, il a ainsi monté un «Jardin magique». Des créations qui lui ont valu d’être approché à deux reprises par le maire de Paris, Bertrand Delanoë, pour qu’il y crée un parcours. Mais Hubert Audriaz a décliné l’invitation: «J’ai encore trop de choses à faire pour les enfants de Fribourg!»

Intarissable sur l’histoire des Bolzes, Hubert Audriaz salue le film de Jean-Théo Aeby comme «une avant-première pour réaliser quelque chose de plus véritable sur les quartiers de l’Auge et de La Neuveville.»

«A la rue d’Or?103, dans les années 1950, on était 80?gamins et 14?familles. Y avait des Polonais, des Italiens, des Tchèques, des Bolzes, des Singinois et des gens de la campagne. C’était extraordinaire! s’enflamme-t-il. On dormait à quatre par lit et en hiver, on n’était pas chauffés. Alors on allait chercher des cailloux bien plats à la Sarine et on les chauffait sur la cuisinière. Chacun s’en mettait un dans le dos pour dormir.»

I. B.

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