ART VAUDOIS

Le banc test d’Accrochage

Par FRANÇOISE JAUNIN le 08.02.2010 à 00:01

Chaque année à Lausanne, Accrochage sonde la production du canton et remet son trophée. Revue des effectifs.

Pas de doute, cette année, la sélection a été draconienne! 236 artistes vaudois ou vivant dans le canton avaient envoyé leur candidature. Sur les 26?576 œuvres en lice, seules 34 ont passé la rampe. C’est dire si le jury de cette 8e?édition d’Accrochage s’est montré rigoureux.

C’est à ce prix que le grand rendez-vous annuel de l’art vaudois peut offrir un panorama de haut vol sans effet souk. Accrochage est le rendez-vous attendu et redouté. Mais qui a le bon goût de changer de lunettes chaque année, puisque c’est à chaque fois un jury tout neuf qui scrute la scène vaudoise. La moyenne d’âge des 26 exposants est basse, avec douze candidats dans la trentaine et sept dans la tranche des 20?ans. C’est donc essentiellement la jeune scène qui est au rendez-vous, même si le doyen de la manifestation a 63?ans cette année.

Abritée tantôt à Rumine et tantôt à Arlaud, Accrochage est de retour au Palais. La cuvée 2010 y met l’accent sur le dessin et la peinture. Pas une seule photographie n’a passé la rampe. Et très peu d’œuvres en trois dimensions.

Inutile bien sûr de chercher un fil rouge ou une quelconque identité cantonale. Mais beaucoup d’artistes glissent des références, plus ou moins directes, à l’histoire de l’art. On peut aussi voir des œuvres qui entrent en résonance les unes avec les autres. D’ailleurs, le Musée des beaux-arts s’est employé à les mettre en écho.

Voici par exemple le face à face intéressant des peintures de Claudia Renna et Stéphane Zaech (deux fidèles d’Accrochage) qui tous deux, mais chacun à sa manière toute personnelle, revisitent l’art du passé avec une ironie burlesque et désenchantée, une théâtralité baroque et une touche kitsch qui signent leur appartenance au présent. Voici presque en vis-à-vis le tableau sous haute tension vibratoire de Pierre Schwerzmann et les abris anti­atomiques de Sébastien Métraux.

Voici, comme des trophées de chasse, le mur d’armes phalliques de Patricia Glave. Voici les vieux timbres-poste chiliens – outils de propagande moderniste – que Cristian Valenzuela a réinterprétés en gravure pour souligner le décalage avec la réalité.

Voici les vidéos d’Anne-Julie Raccoursier (lauréate 2007) montrant face à face – et renvoyant allégoriquement à l’espèce humaine – deux chevaux en cure de remise en forme, l’un dans un solarium et l’autre marchant sur un tapis roulant. Et de Beat Lippert filmant un grimpeur à l’assaut de la façade du Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel, métaphore malicieuse de ce que l’artiste doit accomplir pour que son travail accède à une certaine reconnaissance…

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