Il y a dix ans, ses jupettes de lolita cousues sur pièce par Mylène Farmer défrayaient la chronique. Alizée s’est depuis affranchie de sa muse et tente de se profiler, de phénomène populaire, en chanteuse branchée avec Une?fille du siècle , son quatrième album. Coup de fil.
– Les grandes orgues synthétiques d’Eden Eden, le premier titre de ce nouveau disque, font carrément dans le slow seventies!
– Si ça peut relancer les boums, pourquoi pas. Sérieusement, chaque disque correspond à une période de ma vie. J’ai 25?ans et, actuellement, mes goûts se portent sur la musique des années 1980, par exemple Blondie et ses collaborations disco avec Giorgio Moroder. Je peux aussi écouter plein de trucs chez moi, de Gainsbourg à Gorillaz. Mais j’ai surtout été élevée en écoutant Madonna et beaucoup de variété française.
– De celle-ci, peut-on sauver quelque chose?
– Il y a eu des artistes importants, oui. Ça dépend des étiquettes, mais des groupes comme Taxi Girl ont fait de belles choses. Idem pour Etienne Daho.
– Votre premier album fut réalisé par le duo Mylène Farmer-Laurent Boutonnat. Depuis, chaque disque est l’occasion d’une nouvelle équipe – en l’occurrence, le label electro-rap Institubes. Comment se scellent vos collaborations?
– Ce sont des rencontres de hasard ou «forcées» si je suis fan d’une personne en particulier. Pour le précédent disque, j’ai voulu travailler avec Daniel Darc après avoir écouté son album Crève-cœur. Puis, j’ai rencontré l’un des piliers d’Institubes, David Rubato, qui avait fait un remix de Fifty Sixty. Il m’a proposé de partir dans une direction, le projet m’a plu et j’y suis allée volontiers.
– La candida est une chanson en espagnol. On y devine l’attrait du marché mexicain, où vous êtes une star. Le Mexique avant la France?
– Non, la France reste une priorité. Et même au Mexique, je chante en français. La candida est juste un clin d’œil à mon public là-bas. Mais j’habite à Paris.
– En quoi le fan mexicain se différencie-t-il du français?
– Le fan mexicain ne connaît pas Mylène Farmer! je suis donc moins marquée par mes débuts. Et les fans sont «très» fans: ils font eux-mêmes la promo des artistes! Ils se chargent de réaliser des sites internet, leurs propres vidéoclips, des posters faits maison distribués dans les rues! Je n’avais rien à faire en arrivant là-bas, les fans avaient déjà fait tout le travail.
– L’album comporte au moins deux citations qui font référence à l’univers d’Andy Warhol, précisément à sa muse tragique, Edie Sedgwick. Pourquoi cette fascination?
– A la base, l’album devait être un concept, une sorte de roman en 6?parties-chansons liées à l’histoire de Warhol et de la Factory (ndlr: l’atelier-repaire du créateur new-yorkais entre 1962 et 1968). Finalement, nous sommes restés sur un format plus classique, mais j’ai gardé quelques références à l’histoire d’Edie Sedgwick. Cette icône me fascine car elle est à l’opposé de ce que je suis.
– Pas un miroir, donc?
– Pas du tout. Le clubbing, le monde de la nuit, ce n’est pas du tout mon truc. J’aime faire danser les gens mais je ne ressemble pas forcément au public auquel ma musique se destine. Mes goûts vont facilement vers des genres plus calmes, mais je ne me verrais pas faire un album piano-voix.
– Après une surexposition polémique liée à votre personnage de lolita de 15?ans, comment contrôlez-vous aujourd’hui votre image publique?
– J’ai été à bonne école: Mylène Farmer m’a beaucoup appris. Elle est douée pour révéler un minimum de son image. J’y arrive assez bien et de façon logique: si on ne donne rien de croustillant aux paparazzi, ils n’ont rien à photographier.
– Avez-vous gardé des contacts avec Mylène Farmer?
– Aucun. Mais nous nous sommes quittées en bons termes, sans conséquences légales.
L’impitoyable vie des lolitas devenues adultes
«L-O-L-I-T-A», six lettres chantonnées jusqu’à plus soif sur toutes les ondes durant l’été 2000: un tube et une polémique. Treize ans après Vanessa Paradis, la Corse Alizée affublait à nouveau la variété française de socquettes blanches à l’innocence ambiguë. Repérée dans l’émission Graines de stars et «créée» par le duo sulfureux de Mylène Farmer et de son compositeur et producteur Laurent Boutonnat, la chanteuse de 15?ans devient l’étendard francophone de l’explosion anglo-saxonne des sexy teenagers à la Britney Spears. Un million de son premier disque s’écoule en France, près de quatre millions dans le monde – la Russie, le Japon et le Mexique, notamment, s’emballent pour Alizée. Toujours en jupette, elle ne trouve qu’un dixième des acheteurs pour son deuxième disque en 2003. L’occasion de se séparer de Mylène et d’épouser à Las Vegas l’ancien Star Ac’ Jeremy Chatelain, qui cosigne le troisième essai, Psychédélices. Là encore, les ventes demeurent bien en deçà du carton originel. Eloignée des flashs, mère d’une fillette de 5?ans, Alizée soigne son succès mexicain et tente la reconversion electro soft d’Une fille du siècle. La nouvelle décennie inversera-t-elle la tendance?