INTERVIEW

«Les banquiers ont perdu la confiance des investisseurs»

Par EMMANUEL BARRAUD le 14.02.2009 à 00:01

Marc Bürki, le patron de Swissquote a enregistré un afflux record de nouveaux clients au plus fort de la crise. Sa banque en ligne a toutefois connu un recul de son bénéfice net en 2008.

Tandis que les grandes banques, UBS en tête, pleurent la fuite de leurs capitaux, Swissquote affiche une augmentation presque insolente du nombre de ses clients. La présentation des résultats, hier à Zurich, a satisfait les investisseurs. L’action a clôturé en hausse de 6,8%, à 43?fr.?20. «La seule surprise dans notre annonce était bonne: nous avons réduit à néant notre exposition à la faillite de Lehman Brothers», explique Marc Bürki, fondateur et patron de la banque en ligne basée à Gland.

– Les péripéties du secteur bancaire font-elles votre beurre?
– Je remarque en tout cas que la croissance du nombre de nos clients a été soutenue en 2008, et particulièrement au dernier trimestre où nous en avons gagné 9000, soit une centaine par jour! Sur l’année, ces 26?000 nouveaux clients nous ont apporté 1,3 milliard d’argent frais. La débâcle bancaire a clairement joué un rôle d’accélérateur.

– Pourtant, votre bénéfice n’a pas crû dans la même proportion. Les analystes ne s’attendaient pas à ce qu’il soit à ce point inférieur à celui de 2007.
– N’oublions pas que l’on compare la pire année de l’histoire récente avec l’une des meilleures… En outre, l’écart entre les prévisions (ndlr: autour de 38 millions de bénéfice net) et notre résultat (32,8 millions) s’explique surtout par cet amortissement intégral d’une obligation de Lehman Brothers, pour 12,2 millions. Au troisième trimestre, nous n’en avions amorti que les trois quarts, espérant encore un remboursement partiel.

– Comment qualifiez-vous cet «épisode» de votre histoire?
– C’est évidemment une étape douloureuse… Nous avions contracté ces obligations pour répondre aux exigences sécuritaires de certaines places boursières. Comme d’autres, nous avons pensé que Lehman Brothers était «too big to fail» (trop grosse pour faire faillite).

– Vous proposez désormais aussi des comptes épargne. De quelle manière placez-vous cet argent?
– Nous avons ouvert ce service pour répondre à l’attente de nouveaux clients potentiels en quête de sécurité et pour générer des intérêts destinés à notre banque. Mais l’argent qu’on nous confie n’est investi que sur des marchés interbancaires très sûrs, sans spéculation, d’où des taux d’intérêt encore bas. Ce qui n’a pas empêché les montants déposés chez nous de croître de 50%, à 90 millions, durant le seul mois de janvier 2009!

– Et les banquiers qui gèrent cet argent, comment sont-ils payés?
– (Rires.) De la même manière que tous nos collaborateurs: avec un salaire fixe, et une part d’une enveloppe de primes définie par le conseil d’administration en fonction des résultats de l’entreprise, et répartie égalitairement au prorata du salaire de tous, jusqu’aux secrétaires. Tout notre modèle est de type «low-cost», c’est pourquoi nous engageons surtout de jeunes diplômés que nous formons chez nous. Nous développons aussi l’automatisation de certaines tâches. Nous comptons d’ailleurs un bon tiers d’ingénieurs, ce qui est plus important que dans d’autres banques.

– Le profil des investisseurs évolue-t-il?
– En raison des pertes subies cette année, le portefeuille moyen de nos clients a baissé de 65?000 à 35?000 francs. Mais il peut y avoir de très grands écarts. Ceux qui sont arrivés en fin d’année ont plutôt tendance à faire augmenter cette moyenne. Il s’agit d’une clientèle fortunée qui, au lieu de confier son argent à un banquier anonyme, juge qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même…

– Comment envisagez-vous l’année 2009?
– Avec optimisme! Nous gagnerons à nouveau quelque 25?000 nouveaux clients. Il y a encore une belle marge: on estime que le potentiel en Suisse pour le trading en ligne est de 400?000 clients. Nous en sommes à 230?000 en comptant nos concurrents. Et à cela s’ajouteront nos épargnants.

– Cette croissance se traduira-t-elle en emplois?
– Je dois être prudent. La crise a causé une diminution de l’activité moyenne de nos clients, donc une baisse de nos commissions. Toutefois, nous serons prêts à engager le personnel qu’il faudra. Et nous avons prévu de construire un second bâtiment en face de notre nouveau siège à Gland, déjà saturé.



Les résultats 2008 en chiffres
CHIFFRE D’AFFAIRES 111,7 millions (+0,7% par rapport à 2007).
BÉNÉFICE D’EXPLOITATION: 57 millions (-5%).
BÉNÉFICE NET 32,8 millions (-31%).
NOMBRE DE CLIENTS du segment «trading» au 31.12: 117?141 (+29%).
PORTEFEUILLE MOYEN 35?000 francs au 31.12 (-46%)
PERFORMANCE MOYENNE des clients: «Légèrement meilleure que celle des principaux indices», selon Marc Bürki.
APPORTS DE CAPITAUX en 2008: 1,281 milliard.
MASSE SOUS GESTION au 31.12: 4,54 milliards (-22%).
BANQUE D’ÉPARGNE 2728 clients, 60 millions sous gestion au 31.12 (service ouvert en mai 2008).
COLLABORATEURS 236, dont environ deux tiers à Gland et un tiers à Zurich.

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